Cette semaine, le Mouvement Réformateur fait halte à Hannut, ville hesbignonne au territoire étendu, qui rassemble son centre urbain et dix-huit villages, de Grand-Hallet à Thisnes. Carrefour entre les provinces de Liège, du Brabant wallon, de Namur, du Limbourg et du Brabant flamand, Hannut combine une fonction de pôle de services pour toute la région avec un ancrage rural et agricole très marqué.

Échevin depuis 2001 et à sa tête comme Bourgmestre depuis 2015, Emmanuel Douette poursuit aujourd’hui un mandat placé sous le signe de la modernisation et de l’anticipation. La construction-rénovation de l’Hôtel de Ville, entamée en janvier 2025 avec le soutien du Plan de relance wallon, illustre cette volonté de doter la commune d’une administration plus fonctionnelle et accessible. Dans le même temps, la Ville doit gérer des enjeux très divers : grands travaux d’assainissement à Grand-Hallet et Petit-Hallet, projets d’urbanisation soumis à la participation citoyenne, accompagnement des aînés, soutien aux associations et préservation de l’environnement, notamment à travers la future réserve naturelle de la Dame Damide.

Emmanuel, tu es bourgmestre de Hannut depuis 2015, après un parcours communal qui t’a notamment conduit à exercer les fonctions d’échevin et de bourgmestre faisant fonction. Qu’est-ce qui t’a le plus marqué depuis ton accession au mayorat, et comment ton expérience politique, communale et régionale nourrit-elle aujourd’hui ta manière de diriger une ville aussi étendue et contrastée que Hannut ? 

Ce qui m’a sans doute le plus marqué depuis que je suis devenu bourgmestre, c’est à quel point cette fonction vous place au cœur de la vie des gens. Derrière chaque décision, chaque dossier, il y a des habitants, des familles, des associations, des commerçants, des agriculteurs, des entreprises… avec des attentes parfois très différentes. Être bourgmestre, c’est donc à la fois avoir une vision pour l’avenir de sa commune et rester profondément connecté aux réalités du quotidien.

Mon parcours communal m’a beaucoup appris à cet égard. J’ai commencé comme échevin, j’ai exercé à plusieurs reprises la fonction de bourgmestre faisant fonction avant de devenir bourgmestre en titre. Cela m’a permis de connaître progressivement les différents rouages d’une commune et, surtout, de comprendre que les meilleurs projets sont ceux qui se construisent dans la durée, avec une équipe et en restant à l’écoute du terrain.

Mon passage au Parlement wallon m’a apporté une autre dimension. Il m’a permis de mieux comprendre les mécanismes régionaux, les contraintes auxquelles les communes sont confrontées, mais aussi les leviers qu’elles peuvent mobiliser. Et inversement, mon expérience de bourgmestre m’a permis d’aborder les dossiers régionaux avec un regard très concret : derrière une réglementation ou une décision budgétaire, il faut toujours se demander ce que cela signifie réellement pour les citoyens et pour les communes.

Avec les années, ma manière de diriger a certainement évolué, mais une conviction reste la même : on ne gère pas une ville uniquement depuis un bureau. Il faut être présent sur le terrain, écouter, expliquer les décisions, accepter la contradiction et savoir adapter les projets lorsque c’est nécessaire. Le rôle d’un bourgmestre est de fédérer autour d’une vision commune, tout en gardant cette proximité qui reste, à mes yeux, l’une des grandes forces de la politique locale.

Le chantier de l’Hôtel de Ville, lancé en 2025, doit permettre à Hannut de disposer d’une administration rénovée et adaptée aux besoins actuels des citoyens. Au-delà de ce bâtiment emblématique, quel sens donnes-tu à la modernisation des services communaux : proximité dans les villages, accueil des habitants, simplification administrative et outils numériques ? 

Le chantier de l’Hôtel de Ville est évidemment important parce qu’il concerne un bâtiment emblématique de Hannut, mais, pour moi, l’enjeu va bien au-delà des murs. Rénover l’Hôtel de Ville, c’est surtout l’occasion de repenser notre manière d’accueillir les citoyens et de leur rendre un service public plus simple, plus accessible et plus efficace.

La modernisation ne doit surtout pas signifier mettre de la distance entre l’administration et les habitants. C’est même exactement l’inverse. Hannut, ce n’est pas uniquement son centre : ce sont aussi ses nombreux villages, avec des habitants qui doivent pouvoir bénéficier de la même qualité de service, quel que soit l’endroit où ils vivent. Nous devons donc continuer à réfléchir à la proximité, à l’accessibilité des services et aux moyens d’aller vers le citoyen lorsque c’est nécessaire.

Il y a aussi un enjeu très concret de simplification. Pour un habitant, une démarche administrative ne devrait pas devenir un parcours du combattant. Notre responsabilité est de rendre les procédures aussi lisibles et rapides que possible, d’améliorer l’accueil et de mieux orienter chacun vers le bon service. Cela passe également par une administration qui travaille de manière plus transversale et qui dispose d’outils adaptés.

Le numérique fait évidemment partie de cette évolution. Il permet aujourd’hui d’effectuer de nombreuses démarches sans devoir se déplacer et constitue un véritable gain de temps pour beaucoup de citoyens. Mais je tiens à ce que le numérique reste un outil et ne devienne jamais une obligation. Tout le monde n’a pas la même aisance avec ces technologies, et certains habitants ont besoin ou souhaitent simplement pouvoir parler à quelqu’un. Nous devons donc conserver cette dimension humaine et cette possibilité d’un contact direct avec l’administration.

C’est finalement cela, ma vision d’une administration communale moderne : utiliser pleinement les possibilités offertes par le numérique, simplifier les démarches et améliorer l’efficacité, tout en renforçant la proximité et la qualité de l’accueil. La modernité, ce n’est pas remplacer l’humain par un écran ; c’est utiliser les bons outils pour permettre à l’administration d’être encore plus disponible pour les citoyens.

Hannut connaît actuellement de nombreuses évolutions qui concernent directement le quotidien : deux ans et demi de travaux d’assainissement à Petit-Hallet et Grand-Hallet, projets d’urbanisation dans le centre, ouverture prochaine d’un centre d’accueil de jour pour personnes âgées atteintes de troubles cognitifs, et développement d’initiatives de mobilité à vélo. Comment arbitrer entre ces besoins de développement, les attentes légitimes des riverains et la préservation du cadre de vie, dans une ville qui doit à la fois rester attractive, solidaire et attentive à ses villages ? 

Hannut a cette particularité d’être une commune très étendue, avec un centre-ville qui joue un rôle de pôle pour toute une région, mais aussi de nombreux villages auxquels les habitants sont très attachés. Diriger Hannut, c’est donc rechercher en permanence un équilibre : développer le centre sans délaisser les villages, accompagner la croissance tout en préservant notre caractère rural, investir dans de nouveaux projets tout en maintenant des services de proximité et une qualité de vie pour tous.

Mais pour concrétiser nos ambitions, il faut aussi être innovant dans la manière de monter et de financer les projets. Nous travaillons de plus en plus à l’échelle supracommunale : la cellule PLANU rassemble 13 communes, tandis que le projet de stand de tir destiné à nos policiers repose sur une collaboration entre 31 communes. Pour d’autres infrastructures, comme un hall sportif, nous devons additionner les forces et les financements de la Wallonie, de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de la commune ou encore du monde scolaire.

Nous développons également les partenariats public-privé lorsque ceux-ci permettent de réaliser des équipements que la commune ne pourrait assumer seule. C’est la logique du projet de complexe aquatique mené avec Plopsa et la ville de Landen, et c’est aussi celle que nous souhaitons explorer pour concrétiser une nouvelle salle culturelle d’ici la fin de la législature.

Aujourd’hui, gérer une ville, c’est donc aussi savoir fédérer : les communes voisines, les autres niveaux de pouvoir et les partenaires privés. Il faut être créatif pour aller chercher les moyens nécessaires et faire aboutir les projets sans faire reposer systématiquement leur coût sur les seuls Hannutois. C’est une méthode de travail que j’ai beaucoup développée au fil des années et qui nous permet d’être ambitieux tout en restant attentifs à nos capacités financières et à notre cadre de vie.